Retourne ton flacon de crème hydratante. Si l’eau arrive en premier et le beurre de karité en queue de liste, tu paies surtout de l’eau parfumée. C’est pas un drame en soi, une émulsion, c’est par définition beaucoup d’eau, mais ça change ce que tu es en droit d’attendre du produit. Une crème à 40 € dont la phase grasse est essentiellement composée de silicones volatiles et d’une pincée d’huile d’amande douce ne va pas nourrir ta barrière lipidique. Elle va glisser, donner une sensation de douceur au toucher et s’évaporer dans l’heure.

Bref, elle te donne l’impression d’avoir fait quelque chose pour ta peau. C’est pas pareil.

Le piège avec la cosmétique naturelle, c’est qu’on a remplacé un greenwashing par un autre. On a troqué les silicones contre des huiles végétales pures, en oubliant que l’huile de coco sur une peau acnéique, c’est un tir ami. On a troqué les parfums de synthèse contre des huiles essentielles photosensibilisantes, en oubliant que le naturel peut brûler autant qu’un actif de laboratoire.

Ta peau n’a pas besoin de plus de produits. Elle a besoin des bons, placés au bon endroit, et surtout qu’on arrête de la martyriser avec des gestes qui la déséquilibrent.

Ta routine minimaliste en trois gestes (et pourquoi c’est assez)

Le soir, tu enlèves ce qui s’est accumulé. Le matin, tu protèges. C’est tout.

Une peau saine, c’est une peau dont le film hydrolipidique n’est pas agressé en permanence. Chaque fois que tu utilises un nettoyant trop détergent, chaque fois que tu exfolies mécaniquement, chaque fois que tu superposes trois sérums aux actifs incompatibles, tu demandes à ta peau de réparer derrière. Une peau qui répare en continu, c’est une peau qui vieillit plus vite et qui réagit à tout.

Le plus difficile, c’est pas de trouver les bons produits. C’est de résister à l’envie d’en ajouter un quatrième, puis un cinquième, parce qu’une marque que tu suis a sorti un nouveau sérum à l’acide hyaluronique et que la photo est magnifique.

Le soir : tu nettoies et tu nourris. Un point c’est tout. Le matin : tu protèges. Antioxydant si ta peau le tolère, hydratation légère, et surtout un SPF.

Le démaquillage / nettoyage du soir

Si tu portes un SPF minéral ou un maquillage longue tenue, l’eau micellaire ne suffit pas. Passe à un double nettoyage. Première étape : une huile démaquillante ou un baume que tu masses sur peau sèche. Il décroche le maquillage, les filtres solaires et l’excès de sébum oxydé. Deuxième étape : un nettoyant doux, type gel à base de coco-glucoside, pour rincer le tout sans arracher.

Ce qui est important, c’est de sortir de la logique “peau qui couine”. Si après nettoyage ta peau tire, que tu cherches ta crème en urgence, c’est que ton nettoyant est trop agressif. Change-le. Les tensioactifs sulfatés, comme le sodium lauryl sulfate, font exactement ça : ils décapent le film hydrolipidique. Un bon nettoyant naturel, c’est un truc qui mousse peu, que tu rinces et qui te laisse la peau confortable, sans urgence à hydrater dans la minute.

La marque Rahma et sa gamme de nettoyants surgras est un bon point d’entrée, mais peu importe la marque : le critère, c’est la liste INCI. Pas la promesse écrite sur le packaging.

L’hydratation du soir

Une fois la peau propre, l’hydratation. L’idée, c’est de sceller l’eau qui reste à la surface de ta peau après le rinçage. Pour ça, tu peux utiliser une crème à base d’huiles végétales non comédogènes, ou simplement une huile seule si ta peau l’accepte.

L’huile de jojoba, qui est en réalité une cire liquide dont la composition se rapproche du sébum humain, fonctionne sur la plupart des peaux. Le squalane végétal aussi. L’huile de rose musquée est intéressante pour son profil en acides gras et en vitamine A naturelle, mais elle peut être un peu riche pour les peaux à tendance acnéique. Ce qui compte, c’est de connaître l’indice de comédogénicité de ce que tu poses sur ton visage. L’huile de germe de blé, par exemple, est un comédogène 5, et pourtant elle se retrouve dans pas mal de soins “naturels” pour peaux sèches. Elle fera des dégâts sur une peau mixte ou grasse.

La protection du matin

Le matin, ta peau n’est pas sale. Tu as juste dormi. Un rinçage à l’eau tiède suffit largement, sauf si tu as appliqué un soin très occlusif la veille.

Ensuite, une crème hydratante légère, éventuellement enrichie d’un antioxydant comme la vitamine C, à condition que ta peau la tolère. La formulation est cruciale : un sérum à la vitamine C peut être efficace, mais il peut aussi être instable et s’oxyder dans le flacon si la marque n’a pas bien bossé son packaging et son antioxydant complémentaire (vitamine E, acide férulique).

Et puis le plus important : la protection solaire. Tu as probablement lu ça cent fois. Mais c’est la seule crème anti-âge dont l’efficacité est démontrée au-delà de tout doute. Le reste, peptides, collagène en crème, cellules souches végétales, c’est du bonus. Parfois pertinent, parfois du marketing pur. Le SPF, lui, ne négocie pas. Je rappelle qu’il existe des crèmes solaires dont la formulation est pensée pour les peaux réactives, et d’autres classées par toléance. Si tu veux une routine visage naturelle cohérente, le solaire est non négociable.

Une huile mal choisie te fait des microkystes en quinze jours

Sur le papier, remplacer sa crème par une huile végétale est logique : c’est brut, mono-ingrédient, économique. En pratique, tout se joue sur un seul chiffre.

Le paramètre à connaître, c’est l’indice de comédogénicité, de 0 à 5. Un indice 0 signifie que l’huile ne bouche pas les pores. Un indice 5, que tu joues littéralement à la roulette russe.

Pour une peau normale à mixte : huile de jojoba (0-2 selon la qualité), squalane (0), huile de noisette (0-2). Ces huiles sont proches du sébum humain ou très légères, elles pénètrent rapidement et ne laissent pas de film gras.

Pour une peau sèche : huile d’avocat (0-2), huile de rose musquée (1-2), huile d’argan (0-2). Elles sont plus riches en acides gras nourrissants, sans être bouchantes.

Pour une peau acnéique : le squalane est imbattable (indice 0), mais certaines peaux tolèrent très bien l’huile de nigelle, antibactérienne par nature.

L’erreur classique, c’est de se jeter sur l’huile de coco, la plus accessible. Indice de comédogénicité : 4. Excellente pour les cheveux, le corps, le démaquillage. Mais en soin de nuit sur une peau qui congestionne, c’est un nid à comédons fermés.

Lire un INCI en 30 secondes (pour ne plus jamais te faire avoir)

!Close-up of a glass cosmetic bottle with a white label showing tiny ingredient text, a magnifying glass resting on the l

La liste INCI, c’est la liste des ingrédients classés par ordre décroissant. Le premier ingrédient est celui qui pèse le plus lourd dans la formule.

Quelques règles à connaître pour une routine visage naturelle :

L’eau, c’est presque toujours le premier. C’est normal, une crème c’est une émulsion. Ce qui t’intéresse, ce sont les trois à cinq noms qui viennent juste après. Si les trois premiers après l’eau sont des glycols, des silicones (dimethicone, cyclopentasiloxane) et une huile végétale arrive en sixième position, tu as un produit à la texture parfaite mais au pouvoir nourrissant faible. Il peut être agréable, il n’est pas “mauvais” pour ta peau, mais il ne remplit pas la fonction que tu crois avoir achetée.

À l’inverse, si les premiers ingrédients après l’eau sont des huiles (butyrospermum parkii butter pour le karité, simmondsia chinensis seed oil pour le jojoba), des beurres et des émulsifiants doux, tu tiens un vrai produit nourrissant.

Un point sur les conservateurs : un produit “sans conservateur”, c’est un argument marketing qui cache souvent que le conservateur est simplement déguisé en ingrédient de parfum ou en humectant à action antimicrobienne. Un cosmétique sans conservateur efficace, c’est un bouillon de culture. Si tu fais toi-même tes cosmétiques, le cosgard est ton ami, pas ton ennemi.

Le macérat maison, c’est un geste plaisir, pas la base de ta routine

Plante sèche, huile, trois semaines au soleil, on filtre : le macérat de calendula apaise, c’est satisfaisant à faire. Le problème, c’est la conservation. Au frigo, trois mois, six si tu as stérilisé tes contenants comme une maniaque. Sinon tu le retrouves rance, odeur de vieux colza, et une huile oxydée génère des radicaux libres. Dans une routine de soins du visage plus poussée, garde-le comme une étape ponctuelle, pas comme ton soin quotidien.

Ce que ta routine naturelle ne doit jamais contenir

!Still life arrangement on a wooden bathroom shelf with a small amber bottle labeled ‘parabens’ and a cracked plastic dro

Je ne vais pas te sortir une liste de “dix ingrédients à bannir parce qu’ils donnent le cancer”. La toxicologie, c’est une question de dose. L’eau est toxique si tu en bois six litres en une heure. Le vrai problème, c’est l’exposition chronique à des substances irritantes ou sensibilisantes, surtout si ta peau est déjà réactive.

Parfums et huiles essentielles non encadrés

Une huile essentielle, c’est un concentré de molécules aromatiques. Certaines sont superbes et bien tolérées (camomille romaine, lavande vraie). D’autres sont des bombes allergisantes, y compris à l’état naturel. L’huile essentielle de cannelle, par exemple, est dermocaustique. Le citron, la bergamote, le pamplemousse sont photosensibilisants. Si tu les appliques le matin avant de sortir, tu crées littéralement des taches pigmentaires. Et la mention “huile essentielle bergaptène-free” n’est pas un détail, c’est la seule qui te protège de l’effet photosensibilisant. Une huile essentielle d’agrume classique ne s’applique jamais avant une exposition au soleil, SAUF s’il est explicitement indiqué qu’elle est sans bergaptène.

Trop de cosmétiques naturels jouent la carte du parfum “100% huiles essentielles” sans encadrer l’usage. Un soin visage qui contient du limonène, du linalol et du citral en milieu de liste INCI, c’est un cocktail potentiellement sensibilisant sur une peau fragilisée. Ça ne veut pas dire qu’il est dangereux. Ça veut dire que tu dois savoir ce que tu poses.

Les sulfates dans le nettoyant

Sodium lauryl sulfate, sodium laureth sulfate. Ce sont des tensioactifs qui moussent beaucoup et nettoient très fort. Ils sont dans la plupart des gels douche, shampooings et nettoyants visage de grande distribution. Sur un cuir chevelu qui produit beaucoup de sébum, à la limite, on peut discuter. Sur le visage, ils n’ont rien à faire dans une routine beauté naturelle qui se respecte. Ils perturbent le film hydrolipidique et maintiennent la peau dans un état inflammatoire de bas bruit.

Dans une routine visage, tu cherches un tensioactif doux : coco-glucoside, decyl glucoside, SCI. C’est pas le même prix, mais ta crème hydratante te remerciera, elle aura moins de boulot derrière.

L’alcool dénaturé en début de liste

L’alcool (alcohol denat) en tout début de formule sert de solvant ou donne une sensation de fraîcheur et de pénétration rapide. Sur une peau grasse, la sensation est agréable sur le moment. Mais l’alcool décapant perturbe la barrière cutanée et, à long terme, peut provoquer un effet rebond : la peau agressée produit plus de sébum pour se protéger.

Il existe des alcools gras (cetyl alcohol, cetearyl alcohol) qui sont, eux, des corps gras solides utilisés comme épaississants et émollients. Ils ne posent pas de problème. C’est l’alcohol denat, le vrai alcool qui s’évapore, qui est à éviter dans les premières positions de l’INCI.

Les crèmes enrichies en actifs promettent plus qu’elles ne tiennent

Les actifs ne sont pas des ingrédients magiques. L’acide hyaluronique est un excellent humectant, mais vu son poids moléculaire, il reste en surface où il capte l’eau : une hydratation de surface, pas un repulpage en profondeur comme le laissent croire les visuels en coupe. Les peptides et les facteurs de croissance, eux, ne valent que par leur formulation et leur packaging (airless, opaque). Une crème au collagène te donne un coup d’éclat immédiat, mais le collagène en application topique ne “recomble” rien : il hydrate, point. Si la crème visage collagène et acide hyaluronique t’intéresse, achète-la pour l’effet repulpant temporaire en surface, pas pour une reconstruction du derme.

Questions fréquentes

Peut-on se contenter d’huile végétale comme seule crème de jour ?

Oui, si ta peau la tolère et si son indice de comédogénicité est adapté. Mais une huile seule n’apporte pas d’eau, elle limite juste l’évaporation. Ta peau doit déjà avoir un bon niveau d’hydratation. Le matin, c’est jouable en été. En hiver, l’air sec peut rendre nécessaire une émulsion qui apporte la phase aqueuse que l’huile ne fournit pas.

À quelle fréquence faut-il exfolier dans une routine naturelle ?

Une fois par semaine, pas plus. L’exfoliation mécanique (poudres de noyaux, gommages aux grains) est souvent trop agressive. Préfère une exfoliation enzymatique douce, avec des acides de fruits (AHA) en faible concentration, un soir par semaine. Si ta peau rougit ou chauffe, espace davantage.

Le savon saponifié à froid peut-il remplacer le nettoyant visage ?

C’est possible, mais pas idéal pour tout le monde. Un savon saponifié à froid bien formulé avec un surgras généreux peut convenir à une peau normale qui ne se maquille pas. Mais le pH d’un savon, même surgras, reste alcalin, autour de 9-10, alors que la peau est à 5,5. Sur le long terme, si ta peau est réactive ou sèche, il peut déséquilibrer le pH cutané et fragiliser ta barrière. L’alternative, c’est un syndet sans sulfates, dont le pH est ajusté à celui de la peau.

Comment savoir si une huile essentielle est photosensibilisante ?

Lis la fiche technique. Toutes les huiles essentielles d’agrumes pressées à froid (citron, orange, bergamote, pamplemousse, mandarine) contiennent des furocoumarines qui réagissent aux UV. La seule exception, c’est quand le fournisseur indique “bergaptène-free” ou “sans furocoumarines”. Dans ce cas précis, tu peux les utiliser en journée. Sinon, une huile essentielle d’agrume non traitée, c’est exclusivement dans la routine du soir, et tu rinces le lendemain matin avant toute exposition.


Toute cette routine repose sur un postulat simple : la peau sait se réguler toute seule si on arrête de l’empêcher de le faire. Plus tu enlèves de produits inutiles, moins tu crées de problèmes. Et plus tu apprends à lire un INCI, moins tu dépenses dans des promesses imprimées sur un packaging.

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Camille Aubertin

À propos de l'auteur

Camille Aubertin

Rédaction en chef · spécialité Soins du visage & du corps

Ancienne ingénieure formulation passée par un petit labo de cosmétique solide avant de se mettre à son compte en savonnerie artisanale. Elle décortique les INCI depuis quinze ans et tient à ce que le bio reste une affaire de bon sens, pas de dogme.

  • Maraîchère certifiée
  • Formation INH Angers
  • Permaculture Practitioner
  • 10 ans au potager